Mission humanitaire au Bénin
J'ai été missionné par une ONG pour former et diriger les travaux d'un réseau d'électrification rural au centre du Bénin afin d'apporter l'électricité aux villages les plus isolés d'Afrique.
Carte du Bénin
Vue aerienne de Igbéré
Les enfants à Igbéré
• L’électricité en Afrique
Nous sommes plus de 7 milliards d’êtres humains sur Terre mais 1,3 milliard de personnes dans le monde vivent actuellement sans électricité, et dépendent de carburants traditionnels aux prix élevés et aux effets néfastes pour satisfaire leurs besoins énergétiques de base.
La majorité des foyers dépourvus d'accès à l'électricité vivent dans les régions rurales des pays en voie de développement, l’Afrique étant le continent le moins électrifié au monde.
Pourtant l’Afrique représente 15% de la population mondiale mais sa consommation s’élève seulement à 3% de la consommation électrique dans le monde.
Cet état de faible électrification en Afrique est l'un des obstacles à son développement.
En effet, aujourd’hui le développement ne peut pas se passer d’électricité.
Sans électricité, une société ne peut pas s’épanouir ; sans électricité, les villes et villages ne peuvent communiquer et ont tendance à s’isoler ; sans électricité, la conservation des aliments ou la distribution de l’eau courante ne peut se faire,…Bref, sans électricité, on ne peut pas se développer.
Il m’a donc paru évident que j’avais quelque chose à faire en Afrique.
Commune en Idf avant les travaux
La même commune aprés les travaux
• Choix d’un réseau souterrain
Mes compétences et mon expérience technique m’ont amené à m’orienter naturellement dès le début du projet vers un réseau souterrain, totalement inédit en Afrique en zone rurale.
Il faut se souvenir que les créations des réseaux aériens dès le début du XX° siècle, ont été réalisés à une époque où les préoccupations environnementales étaient loin d'être celles d'aujourd'hui.
Ils représentaient avant tout un progrès pour le confort domestique et activités économiques.
Mais aujourd'hui ces critères sont dépassés et ces ouvrages n'ont plus de raison d'exister, au contraire ils sont mêmes contestés, non seulement sur l'aspect visuel mais aussi sur les critères techniques de sécurité, de fiabilité et de performance des réseaux.
Le réseau souterrain aujourd’hui est la réponse à l’exigence environnementale et de fiabilité des réseaux de distribution électrique.
Grâce à ERDF et maintenant Enedis, la France est plutôt en avance dans ce domaine.
Si ça marche en France, alors pourquoi pas en Afrique ?
Ma première demeure à Cotonou
La fondation Zinsou
On a mis à ma disposition une chambre confortable, et j’ai été vraiment bien accueilli.
• Sur le terrain
Ma mission à Cotonou a été d’abord pendant 3 jours d’aller chercher et négocier le matériel nécessaire chez les distributeurs locaux, mais entre les promesses et la réalité, j’ai vite compris que cela faisait deux.
Ensuite il a fallu partir pour Igbéré, village situé au centre du Bénin.
Je suis parti au petit matin dans un gros camion avec 15 tonnes de matériels, le chauffeur a voulu absolument utiliser la piste plutôt que la route nationale certes plus longue mais bien plus rapide.
Après avoir fait près de 500km et 16 heures de piste sans climatisation, je suis arrivé enfin au village à 2h du matin complètement épuisé.
Moi et mon chauffeur devant le camion
Une case à Igbéré
Les enfants qui m'aident a décharger
J'ai été logé dans une case loin de tout confort occidental, mais le lendemain matin les enfants du village m'ont aidé à décharger le camion.
• Les moyens humains
Ma mission au Bénin a été de former et diriger les travaux, Il m’a fallu d’abord recruter beaucoup d’hommes pour travailler, environ une quarantaine, dans la culture rurale béninoise il est naturel de faire travailler des jeunes enfants malgré le fait que la loi au Bénin l’interdise, il m’a donc fallu être très vigilant sur le terrain surtout quand « on a le dos tourné ».
J’ai créé plusieurs chantiers ; le terrassement, la pose des coffrets, la distribution et le tirage des câbles soit au total sept chantiers répartis sur environ 3km² qu’il m’a fallu arpenter à pied du matin jusqu’au soir.
Travaux de terrassement
J'explique comment fixer les coffrets électriques
Branchement dans les cases
Le travail est éprouvant sous cette chaleur torride mais si vous ne surveillez pas vos ouvriers, ils disparaissent dans la nature pour ne revenir que le soir pour attendre la paye, il faut donc surveiller tous les chantiers en même temps.
Il faut être autoritaire sans être despote, le poème « If » de Rudyard Kipling m’a inspiré pour diriger mes hommes et accomplir ma mission.
Le poème « If » de Rudyard Kipling m’a inspiré pour diriger mes hommes.
• Les difficultés
En Afrique, tout est difficile, d’abord la langue certes dans la capitale on parle bien le Français mais au village d' Igbéré c’est plutôt le Yorouba un des 90 dialectes utilisés au Bénin et pour la culture là-bas, le blanc c’est le grand frère, riche, puissant et intelligent, la difficulté est de ne pas les décevoir.
Ensuite la chaleur 50° à l’ombre c’est très difficile de travailler dans ces conditions, le soleil est un ennemi là-bas.
Et puis il y a les promesses non tenues.
Le propriétaire qui avait donné son accord pour poser le générateur sur son terrain et qui se désiste une fois les travaux terminés, mais aussi le générateur qui refuse de fonctionner sont des exemples de problèmes que j’ai pu rencontrer.
• Mais ça marche !
J’ai posé et raccordé un générateur de 30 kVA, fait enterrer 30km de câble réseau, déployer plus 10 km de câble de branchement, fait poser 20 coffrets de distribution et effectué le branchement de 100 logements.
Le réseau électrique à Igbéré est opérationnel depuis le 23 septembre 2016 !
La vie des 3.000 habitants du village a radicalement changé, l'électricité nouvellement installée permet maintenant de répondre aux besoins de base des familles, la création et le développement d'activités économiques génératrices de revenus.
Avant la simple charge d'un téléphone coûtait 0,30€ à Igbérè mais aujourd'hui les habitants peuvent charger leurs téléphones et s'éclairer pendant cinq heures pour 0,15€ seulement.
Les habitants heureux de d'avoir l'électricité
Les enfants devant la télévision
Et malgré les nombreuses difficultés rencontrées, cette mission a pourtant été une réussite.
• Et après ?
Beaucoup d’expériences de réseau d’électrification rural en Afrique se sont soldées par des échecs après plusieurs années, faute de manque d’entretien et de conditions climatiques éprouvantes, mais le choix d’un réseau souterrain me laisse l’espoir d’une conception plus pérenne.
J’ai formé aussi plusieurs techniciens pour la maintenance des installations.
Les déboires m’on permit de forger mon expérience en Afrique, que j’envisage dans l’avenir de renouveler peut être au Cameroun ou au Togo.